BONNE RENTREE A TOUTES ET A TOUS ! NE LACHONS RIEN !

La rentrée de Sisyphe

Publié le 3 septembre 2023 à 11:06

Nous voici donc à la veille de la rentrée scolaire.

Il est temps de faire un point sur ce qui nous est demandé, aussi bien comme professeur des écoles que comme Directrice ou Directeur, puisque, extrait du décret 2023-77 du 14 août 2023:

"Art. R. 411-15.-Le directeur conduit le projet pédagogique d'école.

Il anime et coordonne l'équipe pédagogique [...] Il organise la coopération entre l'ensemble des professeurs, les autres personnels éducatifs de l'école et les intervenants extérieurs au sein de l'école. Il veille à la diffusion des instructions et programmes officiels ainsi qu'au bon déroulement des enseignements."

Et

"Art. R. 411-16.-Le directeur engage des actions, coordonne les projets pédagogiques et soutient les initiatives permettant à l'équipe pédagogique d'améliorer l'efficacité de l'enseignement dans le cadre de la réglementation et des programmes d'enseignement en vigueur."

En un mot, il nous faudra faire accepter à nos "adjoints", par la porte ou par la fenêtre, les directives reçues, sans pour autant les heurter dans leur sensibilité, leur amour propre, leur liberté pédagogique, car après tout, bien qu'appelés "adjoints" (même décret):

"Art. R. 411-10 - Le directeur d'école - a autorité sur l'ensemble des personnes présentes dans l'école pendant le temps scolaire."

Non précisé d'ailleurs, de quelle autorité il s'agit (le mot "fonctionnelle" n'est pas inscrit, et au grand dam de nombreux syndicats, la notion de "non supérieur hiérarchique" n'est pas mentionnée, ce qui laisse la porte ouverte à toutes les fenêtres...

Voici donc une liste non exhaustive et en vrac de toutes les priorités qu'on nous demande de prioriser, avec en toile de fond la priorité aux fondamentaux, qu'il faut prioriser prioritairement :

- Mise en place et suivi du Pacte enseignants 

- Mise en place du programme pHARe de lutte contre le harcèlement

- Lutter contre toutes les formes de prosélytismes et de pressions

- Augmenter la part de l'Education Morale et Civique

- Généraliser des trente minutes quotidiennes de sport, EPS dont le taux horaire de trois heures hebdomadaires en cycle 2 et 3 n'a pas été modifié depuis le BO de novembre 2015 (c'est un peu normal, puisque ces deux heures hebdomadaires supplémentaires, il faudrait bien les enlever d'une autre discipline. Passons ..)

- Savoir nager

- Savoir rouler 

- Entrer dans une période de coupe du monde de rugby

- Entrer dans une période de jeux olympiques et paralympiques à placer comme fil rouge de l'année

- Mise en place d'un projet NEFLE  (du moins pour celles et ceux qui le souhaitent)

- Éducation aux médias et à l'information (dont les dangers d'Internet)

- Éducation au développement durable

- Éducation à l'hygiène et à la santé

- Ouverture sur les arts et la culture

- Déployer pleinement le plan "maternelle"

- Du CM à la 6e, pratiquer régulièrement, systématiquement et de façon conséquente l’écriture, qui doit être au cœur des apprentissages, au même titre que la lecture et le calcul

- Mettre en place les évaluations nationales, dont le CM1 en nouveauté

- Apporter systématiquement un appui aux projets susceptibles d’améliorer la réussite des élèves

Sans compter  l'épée de Damoclès au-dessus de notre tête (toujours le décret du 14 août):

Article 12 :

"Les instituteurs et professeurs des écoles nommés dans l'emploi de directeur d'école peuvent se voir retirer cet emploi par le directeur académique des services de l'éducation nationale dans l'intérêt du service."

Alors, bien entendu, tout n'est pas noir ou blanc, ni même gris. IL y a des avancées non négligeables dans la Loi Rilhac et ses décrets d'application, qui devraient nous permettre d'avoir davantage d'autonomie, et de clarifier notre fonction aux yeux des différents partenaires.

Cependant, lorsqu'on voir la liste qui ne cesse de grossir chaque année, voire chaque mois, de ce qui revient dans l'escarcelle de l'Education Nationale, donc des Directrices et Directeurs d'école, des Chefs d'établissement et des enseignants, on ne peut s'empêcher de se poser la question :

Et dans tout ça, quel est le rôle des parents ?

N'y aurait-il pas dans toutes les missions qui s'accumulent sur nos têtes des responsabilités en matière d'éducation, et qui incombent directement à la cellule familiale ?

Est-ce réellement à nous d'apprendre à nager aux enfants ? De leur apprendre à faire du vélo ? De leur faire découvrir les bienfaits et la fragilité de la nature ? De leur limiter l'accès aux réseaux sociaux et de leur en apprendre les dangers ? De surveiller l'utilisation des téléphones, sachant que le harcèlement n'a pas lieu que dans l'enceinte de l'école ou du collège, loin s'en faut ! De leur inculquer les valeurs de la République ? Etc.

Bien sûr, nous pouvons et devons intégrer tout cela dans les apprentissages. Mais de là à ce que, à chaque fois que notre société est confrontée à des difficultés, on nous demande de les résoudre, on dit même que "c'est notre rôle", pousse inéluctablement à  déresponsabiliser les parents.

Alors, parce que nous sommes pour la plupart des passionnés de notre métier, nous allons faire comme on demande à nos élèves, du mieux que nous pouvons.

Mais Mesdames et Messieurs les politiques, Monsieur le Président, Monsieur le Ministre de l'Education Nationale et de la Jeunesse, aidez-nous, s'il vous plait, à ce que tout ce que nous tricotons à l'école, ne soit pas détricoté dès que la grille est passée.

C'est la condition pour que nous puissions véritablement nous recentrer sur la priorité que vous nous demandez : les fondamentaux.

Ne nous transformez pas en Sisyphe, qui verrait sa montagne gagner en hauteur de jours en jours, et son rocher gagner en poids.

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